Je me suis trompée, nous sommes samedi aujourd’hui, dimanche ... c’est demain! ... je peux donc écrire une suite à l’histoire de la rencontre de Fritz & Fransina.
Cela risque de chauffer, je respecterai une certaine pudeur: ce sont quand-même mes grand-parents et ils ils m’ont léguée une solide contribution morale pour pouvoir affronter ma vie truffée d’événements occultés ou bêtement oubliés.
Sans emploi de temps imposé ou auto-inventé (le passe-temps favori des retraités de la vraie vie), la règle absolue consiste à ne pas regarder un Agenda. Rien inscrire sauf les incontournables rendez-vous à respecter - comme la date limite d’envoi de ma feuille d’impôts ou le rendez-vous chez le dentiste - pour lesquels j’actionne soigneusement l’alarme de mon portable et je colle minutieusement des petits Post-it! ... toujours jaunes, sur la porte supérieure du congélateur de mon frigo dont j'ouvre la porte inférieure aux denrées succulentes, et je peux en même temps contempler avec dégoût les priorités de ma vie et ceci parfois au milieu de la nuit -- c’est rassurant de voir une telle organisation et je m'en félicite avant de me recoucher.
Le propriétaire de mon illustre logement ne sait jamais quand il recevra l’enveloppe avec le chèque du loyer - cela pourrait être le 5 comme le 29 du mois - qu’importe la date! il m’accorde sa confiance inébranlable; l'artiste-peintre fort sympathique a vu ses invendus s’empiler et il a sans enthousiasme ouvert un salon de coiffure dont il a tapissé les quatre murs de ses toiles, du sol jusqu’au plafond et il a su garder intact son goût pour l’imprévu; il épate dorénavant les mémés du quartier avec son Art plastique et ses Ciseaux adroits.
Nous vivons une histoire d’amour platonique, le coiffeur/artiste-peintre et moi, nous nous complétons, nous nous comprenons, c’est beau!
(Et nous avons laissé les militaires en caleçon dans la mer et Fritz en uniforme sur le bateau où il attend la gigue des officiers pour, à son tour, visiter l’île de Saparua...)
1898, un homme ...
Une fois tout le monde sur la plage, les troupes reçoivent l’ordre de ne pas fraterniser et de rester sur les plages. Déjà un fait curieux se révèle: les femmes du village plus haut restent en retrait. Elles ne viennent pas sur les plages, elles sont invisibles: ce sont les hommes qui font le ravitaillement exigé, les hommes qui rendent service.
Fritz prend un chemin qui se dessine sous les cocotiers vers le village plus haut. Il détonne. Un grand blanc maigre de presque deux mètres en uniforme blanc des tropiques, les boutons dorés de sa veste fermés jusqu’au menton et qui déambule, l’air perdu, dans la moiteur torride d’une soirée tropicale en clignant les yeux derrière les petits verres ronds de ses lunettes.
Il observe la vie du village et il remarque que les femmes sont petites, à peine un mètre cinquante ... elle portent des longues tuniques blancs sur un sarong noué autour les hanches, la peau douce, couleur ébène et les cheveux noirs, longs et ondulés parfois même crépus et ramassés en chignon dans la nuque avec un port de tête fier; elles dirigent sans cesse les hommes avec un regard et de rares gestes. Il remarque aussi qu'elles sont belles et étrangement inaccessibles, elles l'ignorent.
Fatigué et étouffant de chaleur, il voit un petit groupe d'officiers accompagné d'un fonctionnaire d'état et son assistant indigéne parler avec une de ces femmes qui en suite se détourne et laisse comprendre avec un regard à une femme présente de prendre le relais. Elle précède le petit groupe du bateau et ils montent l'escalier étroite vers le véranda d'une maison spacieuse sur pilotis, la sienne sans doute.
Fritz décide de se reposer sous un arbre -- il se contente de regarder et d’essayer de comprendre. Avec soulagement il défait quelques boutons de sa veste. Quelle valse pourrait-il bien composer pour illustrer cette ambiance irréelle? Le comportement incongru de cette population, de ses femmes menues qui ressemblent à des négresses sans lèvres pro-éminentes ni croupe à outrance, ici? sur une île si différente des autres îles de l’archipel? -- et il s’assoupit, drogué par la chaleur.
à suivre ...

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