Ce matin je me suis levée très tôt pour une prise de sang routine. J’ai d’abord sortie Zooey visiter son buisson favori ... elle boîte de sa patte arrière gauche et, bonne comédienne, elle secoue sa petite patte arrière avec beaucoup de drame. Bien sur que je m’affole et que je la porte et que je la dépose sous son buisson et que je la porte au retour à la maison.
Hier soir elle était super contente de se promener. Il fait tellement chaud que je la sorte pour son pipi-run mais j’attend le soir et plutôt vers 23 heures pour une promenade plus longue. Hier soir Zooey a lourdement insisté, elle voulait aller sur une petite place à un quart d’heure de marche et elle y est allée en sauterelle en faisant des petits bonds tout le long le trajet.
S’est-elle foulée une petite patte hier soir?
Samedi soir il y avait un orchestre sur la petite place et une jeune fille qui ressemble à Olivia Ruiz chantait le fado avec passion -- Zooey se tenait immobile et en transe elle écoutait la fille chanter et, très contente, elle voulait peut-être renouveler l’expérience ? car elle ne s’est jamais comportée avec autant de détermination.
Si demain matin elle boîte toujours je l’emmènerai chez le vétérinaire.
(Nous savons que Fritz & Fransina ont fait l’amour sur la plage; Fransina est rentrée dans sa grande maison sur pilotis et Friz nage vers le bateau ... euphorique...)
1898, un homme et une femme ...
Une fois à bord, Fritz se couche aussitôt. Avec Fransina, ils se sont un peu parlé avant l’aube: l’attitude de la jeune femme l’a beaucoup interpellé et il a posé ses questions. Ainsi il apprend que l’île est matriarcale, qu’elle est éduquée chez les nonnes et qu’elle est la fille de la cheftaine du village et que sur cet île ce sont les femmes qui commandent et choisissent leur partenaire ... tant de conviction, tant de force et tant d’insouciance en même temps qui émanent de cette petite femme tranquille qui ne cesse de le regarder sans baisser les yeux...
Fritz s’endort.
Vers midi, avec tout le monde revenu à bord, le départ est prévu pour l’après-midi. Au bastingage, Fritz regarde la plage et cherche une petite silhouette, bouleversé par cette rencontre insolite sur une plage inconnue où il a donné libre cours à tous les sentiments poétiques et charnels qui somnolaient en lui - il avait goûté à une autre bonheur qu'à part ces notes pleines ou vides qui, d’habitude, lui suffisent largement.
Ses deux gardes se sont remis à ses côtés, l’un se tourne vers Fritz, l’angoisse marquant ses traits: comment alerter, sans faire perdre la face à un officier? et sans soi-même s’attirer des foudres de sa part ? ce qu’il a vu, Fritz devrait le savoir, mais en parler est aussi une preuve qu’il est au courant.
Bientôt l’ordre de lever l’ancre, son camarade lui a dit de se taire, et puis, l’oublie et puis le temps passera, guérisseur de tous les maux. La situation est grave, les troupes sont au courant, tout le monde à bord le sait sauf les officiers. Il est aimé, ce grand allemand qui se tient à part et ne pense qu’à faire de la musique et avec du respect et de la courtoisie forment les musiciens pour son orchestre. Personne ne cherche à le nuire.
- Monsieur? ... je ne sais pas pourquoi ... les hommes du village ont puni la fille de la cheftaine de l’île. Elle est sur la plage, on ne peut pas la voir d’ici. Elle est nue, allongée sur la plage, les mains et les pieds attachés aux piquets: elle est couverte de fourmis déjà - ils font la laisser mourir sur la plage, monsieur, ils disent qu’elle a fauté? - je viens de rentrer à bord ... j’ai vu, monsieur ...
Fritz l’a cru et sans hésitation il s’est empressé de négocier une gigue auprès de ses supérieurs, il avait oublié son carnet de partitions sur la plage! et il a obtenu le faveur. Aussitôt l’ordre est donné d’arrêter les machines et attendre son retour: continuer sans un chef d’orchestre est impensable.
Avec ses deux gardes il a retrouvé Fransina sur la plage et ils l’ont détachée. Fritz l’a portée dans l’eau pour se laver de toutes ses fourmis. Après il l’a enveloppée dans sa tunique et il a embarqué avec elle dans ses bras à bord. Personne ne s’y est opposé.
Fransina a trouvé que c’était tout à fait dans la logique des choses et elle sourit ... elle se laisse faire et elle le suit jusqu'à la mort de Fritz trente ans plus tard. Fransina vivra jusqu'à l'âge de 89 ans.
La légende veut que si on prononce le souhait de vouloir aller à Saparua et on en est empêché, Saparua continuera à chanter comme une sirène et à appeler jusqu’à la déprime et la mort s’en suivent.
Fransina n’a jamais prononcé le souhait de retourner voir son île.
à suivre (l'épilogue) ...


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire