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Une franco-américaine résidant en France qui souvent se prend les pieds dans notre noble langue pour les poser dans un plat... mes origines? côté maternel je suis le résultat d'un contact trans-océanique d'un allemand avec une moluquaise, indigène d'une île matriarcale dans un archipel nommé Ceinture d'émeraudes ... simple ...pffffff... Dali m'inspire et je me suis plongée parmi les poissons ...

samedi 19 juin 2010

Mon inépuisable jarre de Jérusalem.




Mon  quartier est fièrement populaire, se rafistole et rêve de  devenir Chic un jour. Mon quartier est si convenablement délabré,  multiracial, convivial  aussi, nonchalant -- Multi-Tout en fait  où l'opéra et le rap se mélangent sortant impudiquement  de ses fenêtres ouvertes;  je l'aime,  mon quartier comme j'aime  la  puissance de son nom:  Bastide.

En buvant mon café matinal dans mon petit loggia,  j'entends une interminable plainte monter  des arbres en bas. La litanie d'une voix triste et monotone me traverse d'abord et continue  son trajet et  traverse les  appartements -- se répand sans doute  dans la rue sous nos  fenêtres, me rappelant un cauchemar.

Une nuit la porte de la chambre s'ouvre. Je vois une toute petite vieille trébuchante qui se rapproche du lit. Elle porte   un tissu blanc couvrant ses pieds et  cachant sa tête;  blanc aussi  le  lin du   bébé emmailloté dans ses bras.  Tendrement elle pose le bébé  contre ma  joue sur l'oreiller, elle est une plume qui passe de l'autre côté de  mon corps figé et  elle s'agenouille en serrant  sa poitrine cette fois et elle se penche et  elle se cogne  la tête sur les draps de mon lit  se berçant doucement avec son propre chant monotone presque sourd de douleur  ...

Me croyant  réveillée,  je sais que c'est un bébé mort qu'elle pleure avec tant de  chagrin pour que je sache. Mais quoi? Je ne sais  pas comment l'aider, je ne peux pas l'aider, je  suis figée au contact de ce petit corps froid contre ma joue,  je suis glacée par son chant. Je tente en vain d'ouvrir ma bouche, pour lui parler, lui consoler,  me détourner aussi, de crier au secours pour réveiller le corps inerte d'un mari qui dort -- pour moi l'interminable lutte contre la peur s'en suit.

Réveil enfin et  libérée je cours sur le  petit balcon de la chambre chercher  un peu d'air, me rassurer.  La  dôme dorée de l'église copte est toujours  là et je la regarde   briller sous une  lune apaisante.

Jérusalem?  construite et reconstruite couche par couche par des fils et des filles du monde entier, je pense, sans cesse détruite aussi comme une mariée trop convoitée juste bonne à  se faire malmener.   Chaque fois ses souvenirs sont enfouis dans  ses profondeurs pour se faire  reconstruire avec des ruines laissées par des sièges vécues des siècles passés;   ses  murs ont vu des larmes, ses  pierres sont toutes  tachées de sang, mais ce n'est que la beauté que l'on chante d'une ville   où tous se brûlent au fer rouge de l'amour ou  de la haine ou se font brûler en y croyant.

Jérusalem, déguisée en vieille grand-mère voûtée?
A-t-elle  pleuré sa vraie vie le temps de mon cauchemar?

Soudaine triste et inquiète, l'incessante plainte qui monte des arbres  me glace. Je l'ai déjà entendu dans un cauchemar à Jérusalem.





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